La légende de Paris-Brest-Paris

Extraits de " Un siècle de cyclisme "
Hervé Paturle-Guillaume Rebière
Calman-Lévy

1891  1901  1911  1921  1931  1948  1951


6 septembre 1891

Nuits câlines

Le succès de Bordeaux-Paris conduit la presse généraliste à organiser une course au long cours. Pierre Giffard, rédacteur en chef du Petit Journal, met sur pied une nouvelle folie: Paris- Brest aller et retour, mille deux cents kilomètres sans changer de bicyclette. Les favoris sont les coureurs qui peuvent s'assurer une myriade d'entraîneurs, comme Terront, dont la course sera dirigée par Herbert Duncan, ou Jiel Laval, qui dispose de huit entraîneurs. Rassemblés devant l'immeuble du Petit Journal, les deux cent six coureurs s'élancent vers les Champs-Élysées. Après cinquante kilomètres, Terront a déjà cinq minutes d'avance mais crève vers Laval. Équipé de « démontables » Michelin, encore inconnus, il doit marcher trois kilomètres pour rejoindre les tech- niciens de la firme, qui mettent trois quarts d'heure à changer le pneu. Puis il rejoint Laval à Vitré et ils roulent ensemble durant la première nuit. À Brest, Laval passe avec quarante minutes d'avance sur Terront, victime de deux nouvelles crevaisons. Le 3e, Corre, s'arrête huit heures pour dormir

et le retour se résume à un duel. À Lamballe, durant la deuxième nuit, toujours sans sommeil, Terront apprend que son rival se repose dans une auberge. Il fait un détour pour ne pas être vu par De Civry, son manager. Quand ces derniers apprennent que leur adversaire est déjà passé, la course est perdue. Après 71 h 16 min sans repos,

Charles Terron Paris-Brest-Paris 1891

« Charley » arrive au petit matin sur un boulevard Maillot en délire où dix mille spectateurs attendent depuis la veille, Jiel Laval franchit le poteau 7 h40 min plus tard puis, le lendemain, arrivent Coulliboeuf et Corre: Au total, quatre-vingt- dix-neuf coureurs seront contrôlés dans le déla limite de dix jours.

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15 août 1901

Un bain fatal

Tous les grands noms du cyclisme sont au départ de ce deuxième Paris-Brest-Paris. Aussitôt, Lucien Lesna part seul, provoquant les railleries de ses adversaires et, en particulier, d'Hippolyte Aucouturier : « Il a dû oublier que nous devons virer à Brest et revenir à Paris! » Mais à Brest, sur la route du retour, Lesna, qui possède deux heures d'avance, croise ses poursuivants. À Rennes, où règne une chaleur étouffante, il décide de prendre un bain. Lorsqu'il repart, victime d'un vent contraire, il est rejoint par Maurice Garin, auteur d'une fantastique remontée. Ne relâchant pas son effort, Garin va distancer son rival, à l'agonie et qui préfère abandon- ner.

« Le ramoneur » augmentera l'écart pour finir, au Parc, après cinquante deux heures et onze

Lucien Lesna Paris-Brest-Paris 1901

minutes de course, avec près de deux heures d'avance sur Gaston Rivierre.

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27 août 1911

Paris la nuit

Après Charles Terront en 1891. Maurice Garin en 1901, Émile Georget ajoute son nom au glorieux palmarès de Paris-Brest-Paris. Pour cette troisième édition, L'Auto, le journal organisateur, décide de traverser Paris en pleine nuit, devant une foule considérable. À Dreux, alors que Brocco a pris quelques minutes d'avance, les favoris se mettent d'accord pour s'arrêter quelques minutes afin de se reposer.

Quatre hommes, Georget, Octave Lapize, Cyrille Van Houwaert et Ernest Paul virent en tête à Brest. Après une course groupée de quarante-huit heures, Ernest Paul fausse compagnie à ses compagnons, à la faveur d'un arrêt collectif. Mais une crevaison lui fait perdre tout le bénéfice de cette échappée. Vers Mortagne, Georget démarre malgré la fatigue et, après 50 h 13 min, il arrive dans un Parc des Princes en folie.

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4 septembre 1921

L'ivresse de la victoire
pour Mottiat

Les premières heures de ce Paris-Brest-Paris se déroulent tranquillement puis une première sélection s'effectue au seuil de la deuxième nuit, quand cinq hommes, Christophe et les Belges Mottiat, Sellier, Masson et Heusghem, se détachent, rejoints par Alavoine et Barthélémy. Mais ces deux derniers abandonnent bientôt, malgré l'insistance de leurs entraîneurs. À Laval, les cinq rescapés font une halte et décident de se restaurer, mais Sellier est très fatigué. Il s'endort aussitôt à table. Cela ne l'empêche de démarrer lorsque se lève le dernier jour, rapidement rejoint par Mottiat. Derrière, Christophe, les jambes lourdes, ne peut que constater les dégâts. Mottiat attaque dans la côte de.. Picardie, envahie par une foule immense qui ne laisse qu'un étroit passage au leader. Christophe retrouve ses forces mais la chance l'abandon- ne. Alors qu'il regagne du terrain sur Mottiat, il crève une première fois, à Saint-Cyr, et accepte la bicyclette d'un spectateur. Mais c'est ensuite sa chaîne qui se brise. À l'entrée du Parc des Princes, alors que Mottiat a franchi le poteaud'arrivée depuis plus

de vingt-trois minutes, Christophe voit débouler Masson et pense que sa deuxième place est compromise.Mais ses entraîneurs lui confient enfin une vraie machine et il refait son retard durant les quatre tours de piste pour coiffer le Belge dans la dernière ligne droite. Après son arrivée, Mottiat, porté en

Paris-Brest-Paris 1921

triomphe, offre un visage hilare. En fait, le vainqueur, qui a bu beaucoup de vin sucré pour se revigorer dans les derniers cinquante kilomètres, est ivre.

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